Point Rouge Gallery
 

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Christian BIZEUL

Quand on regarde les œuvres abstraites de Christian Bizeul, on perçoit d’abord un fourmillement de signes qui intriguent et charment. Et dans la richesse raffinée des formes et des couleurs, on discerne des éléments parfois vaguement figuratifs qui composent des rythmes,  - tels ces réseaux mouvants de cellules organiques observés au microscope ou bien, dans certaines partitions de musique répétitive, les gruppettos de notes qui se métamorphosent au long des portées. Toutes ces œuvres sont différentes, et pourtant elles possèdent un caractère commun, un peu comme Matisse disait : «  […] dans les feuilles d’un arbre,  – dans le figuier particulièrement,  - la grande différence de formes qui existe entre elles n’empêche pas leur réunion à un caractère commun. Les feuilles de figuier dans toutes les fantaisies de leurs formes restent bien des feuilles de figuier. »
 
L’originalité de ces dessins abstraits, c’est qu’ils procèdent de l’expérience sensible, s’enracinent dans les aspects variés du réel, dans ce que la mémoire en fait,  - tout cela étant travaillé par l’instinct et l’impétueuse imagination de l’artiste.
 
Ainsi l’écoute de la musique de Steve Reich, ou l’attention portée aux mantras sont incorporées à la pratique picturale, travaillent le propos intime de l’artiste (ce qu’au plus profond de lui-même il ne peut pas ne pas dire) et génèrent des formes nouvelles : par exemple, la tête et l’œil de poissons, quand ils ne sont plus figuratifs, se transforment en motif triangulaire ponctué d’un rond, évoquant aussi bien des cellules organiques voire des protozoaires : c’est en cela que l’artiste parle de polymorphies.
 
Le rythme en est l’élément primordial, car il structure ces œuvres abstraites : il ordonne la disposition particulière des motifs et produit la composition. Il anime l’articulation des formes entre elles et leur donne un mouvement. Il a souvent quelque chose de répétitif que libèrent des décalages plus ou moins importants,  - comme en musique les libertés prises avec le thème constituent les variations.
 
Ce rythme est parfois perturbé par des tracés qui contournent ou traversent avec la plus grande liberté les motifs, formant de capricieux réseaux. Ces tissus de formes, de rythmes et de graphismes évoquent aussi les toiles et les peaux que les nomades emportent avec eux dans leurs errances,  - bannières-talismans qu’ornent les aléas du vagabondage et l’usure du temps.
 
Ainsi de nombreuses œuvres abstraites de Christian Bizeul sont déchirées, lacérées ou seulement évidées, et s’ouvrent sur une autre surface, celle du mur blanc, qui de cette façon participe à l’œuvre qu’il supporte. 
 
Quant aux couleurs, qui émergent souvent du noir comme la lumière sourd de la nuit, elles s’harmonisent selon d’inattendues proximités, et même dans la stridence, concourent au raffinement de l’oeuvre.
 
Surtout, les œuvres abstraites de Christian Bizeul ne manquent ni d’esprit, ni de tempérament : les chromatismes ardents des couleurs sont avivés par la fougue du geste, et cette mystérieuse musicalité touche la sensibilité, voire l’ouvre à l’ordre du sacré.
Jean-Marie Gérard