Florian EYMANN

Est-ce la vision d'un futur de destruction ?
Ou serait-ce plutôt la transcription d’une mémoire archaïque, le chant d´un chaos initial d'où, de sa gangue primordiale, l'humain, l'animal ou la fleur de détacherait ?
 
Glanant “sur la toile” des images qu’il retravaille, la démarche de Florian Eymann semblerait répondre par la première hypothèse, apocalyptique. Mais la fascination qu’il ressent pour l’actualité des catastrophes ne montre-t-elle pas aussi, à son insu sans doute, un sens de responsabilité devant notre devenir d’humain ? Ce n’est en effet pas la planète que vraiment nous détruisons, mais la possibilité de présence de ses habitants en sa surface. Et ce sont là justement les sujets qu’utilise Florian Eyman : fleurs, fruits, papillons et humains.
Pourtant, à voir émerger peu à peu d’un magma de peinture des formes reconnaissables, mon œil de regardeur pencherait tout au contraire pour la seconde hypothèse, une régénération presque prophétique d’un monde en devenir.
 
Cependant, Florian Eymann ne nous propose pas une peinture sereine. Tel le sphinx de Thèbes, les spectacles qu’il nous présente sont troubles et troublants ; mais nul Œdipe n’est là pour répondre et la question reste en suspens : l’homme se dirige-t-il vers une naissance ou vers une mort tant de fois annoncée ?
L'art reflète ici une fois encore l’état de notre civilisation fait d'indécision et de malaise. La question des frontières est un point que l’on pourrait par exemple ressentir dans la peinture de Florian Eymann : pourquoi, avec une délectation évidente de matière et de savoir-faire, établit-il entre l’œil du spectateur et son sujet scrupuleusement et attentivement réaliste cette frontière de taches, de coulures ou de balayages ? Est-ce à l’image de notre société qui désire à la fois abolir les frontières et se barricader derrière des murs de plus en plus défensifs ? Et l'artiste ne nous dit pas ce que nous devons décider ; il nous met face à nos responsabilités, nos engagements et nos lâches accommodements. Mais cette frontière est poreuse, ce mur de peinture est translucide à celui qui veut prendre le temps de l’imprégnation. Autre exemple, nous aurions pu croire que le conflit entre figuration et non-figuration dans la peinture était obsolète. Florian Eymann semble s’en servir pourtant en nous offrant de le résoudre en “dé-figuration”.
Sans doute sans même s’en douter, Florian Eymann se pose là en entomologiste — ne prend-il pas les papillons comme un de ses sujets ? — qui dissèquerait notre rapport au monde.
 
À qui saura en profiter, Point Rouge Gallery nous propose là un moment de perte de repères, puis de lent décryptage et d’indécise méditation.

Étienne YVER

Point Rouge Gallery
 

21 rue Carnot - Saint-Rémy-de-Provence
Tel : 33 (0) 490 211 961

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