Point Rouge Gallery
 

21 rue Carnot - Saint-Rémy-de-Provence
Tel : 33 (0) 490 211 961

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Jacqueline ESCHENBRENNER

C’est en Côte d’Ivoire, où j’ai vécu pendant quatre ans, que j’ai découvert le plaisir de la création en terre, auprès de M. Yao Dogo, sculpteur céramiste et directeur de l’école des Beaux Arts à Abidjan.

Dans son atelier, où je me rends chaque semaine à la sortie de mon travail de psychologue, je conçois des pièces déjà proches du minéral dans leur forme et leur texture.

Je découvre l’utilisation des matériaux locaux, dont cette terre latérite omniprésente sur les pistes,  qui trace dans les paysages des rubans d’ocre rouge. Elle devient « l’engobe », l’argile liquide coloré,  que je choisis pour animer la surface de mes pièces et dont la cuisson va révéler toutes les nuances possibles  du rose à l’orangé.                     

De retour en France, en 1973, je me consacre à un projet pour la création d’un lieu de pratiques artistiques et culturelles - la Maison des Enfants de Louveciennes - que je vais diriger pendant plus de 30 ans.

Même si je délaisse quelque peu mon travail personnel en céramique, mon inspiration s’est nourrie de toutes ces années où nous avons conduit les enfants à découvrir leur créativité.

 

En 2005, je rencontre dans la Drôme la céramiste Barbara Weibel dont j’apprécie  les œuvres empreintes de culture japonaise. Elle va m’initier à la « cuisson raku » qui me séduit lorsque je peux habiller d’un blanc laiteux craquelé de grandes pièces enfumées de noir.

 

Mes recherches s’orientent alors vers des formes pliées, étirées où je laisse parfois l’impression d’un tissu, la trace d’une blessure.  D’autres ont la rondeur des galets, combinant le rugueux et le doux de la terre. Ce sont mes boules oxydées, givrées… seules ou en couple.

 

J’aime revenir longtemps sur le travail d’une pièce à cru quand elle a la consistance du cuir, la poncer pour qu’elle se fasse pierre érodée par le temps, la polir pour en révéler la douceur et la brillance, trouver une texture qui donne vie à la forme sans jamais perdre la nature du matériau terre.

 

En septembre 2009, ma candidature est retenue pour une résidence d’artiste en céramique, aux Etats-Unis à Glen Arbor dans le Michigan. Dans l’isolement d’un atelier perdu en pleine nature - pour l’urbaine que je suis c’est un choc - j’essaie de m’imprégner du paysage immense et des couleurs d’automne indien pour que mon travail en terre garde en mémoire quelque empreinte de cet environnement-là.

La galerie du Centre d’Art de Glen Arbor fera l’acquisition d’une de mes céramiques pour sa collection permanente.

 

Le traitement de la couleur sur mes nouvelles pièces engobées aux oxydes et aux pigments n’est pas indifférent au contexte de l’Atelier en Commun à Paris, où je travaille la céramique depuis quatre ans et qui est essentiellement fréquenté par des peintres. Quand leur regard, leur expression picturale viennent solliciter d’autres chemins dans mon parcours en céramique.

« S’adonner à la poterie ne devrait pas ressembler à une escalade en montagne mais plutôt à une flânerie, en bas d’une colline sous une brise bienfaitrice. »

Shoji Ham ada, Céramiste japonais (1894-1978)